LE dieu des Batékés
Gladis. Mintsa
Rédactrice-stagiaire
Le face-à-face théologique le plus électrisant dont il m’ait été donné d’assister eu lieu sur la ligne 1 du clando qui mène à Bifoune. Il a duré moins d’une minute. Sur la banquette en face de moi, un petit garçon et une fillette étaient assis côte à côte. Ils voyageaient sans leurs parents. Elle devait avoir 11ans et lui 8ans, elle se régalait de ses quelques années de plus pour le dédaigner un peu. Elle regardait par la fenêtre tandis qu’il éprouvait le désir de lui parler, ou enveloppait une boucle de ses cheveux avec une
grimace boudeuse. Brusquement, le petit garçon lui a demandé: « Crois- tu au seigneur Dieu? » La fillette a expirer extrêmement en signe d’impatience, avant de répondre en secouant les main: « Oui…Sauf que moi je ne crois pas en Jésus, le Fils de dieu qui meurt sur la croix, il est effrayant. En revanche je crois au dieu des poèmes que me récite ma mère car j’aime la poésie. Et puis mon grand-père m’a parlé du Dieu des Moukoukwé, donc je crois à Bragi et au Bodi Nzébi. Le petit garçon est resté silencieux pendant un long moment, à tourner ses yeux comme des grosses billes. À vu d’œil on aurait dit qu’un conflit intérieur l’animait. Ce discours ne concordait pas avec celui
que tenaient ses parents ou à l’église. Cependant, après une longue réflexion, il a eu un argument précieux. Il a répliqué avec un grand sourire: «Ah oui! Je comprends! Toi tu crois au dieu des Batékés. Le dieu qui dit ndjélè ndjélè, qui mange les chenilles…»
Dans ce dialogue, la petite fille joue le rôle du sage ou du penseur, le petit garçon, celui du curé ou du prêtre. Car la volonté du premier, s’il s’adonne à la métaphysique, est de s’ accaparer Dieu. Il ne tient pas compte des doctrines religieuses. Quand il croit en dieu, il le tire à lui, l’insère dans sa structure. Quand il ne croit pas en Dieu, il le combat et se rit. Sa quête de vérité est primordiale. Le curé,
parce qu’il fait référence à un Être suprême dont la définition n’est pas mise à disposition, mais reçu de certains textes et de la tradition occidentale, il se méfie spontanément de la religion de joie(comme on en trouve partout dans les quartiers chauds de Libreville) et des rites purement Gabonais( Bwiti, Mvet,..) il préfère la droiture affligeante du dogme pétrissage d’une
spiritualité réduit à l’usage de pâte à modeler anti-stress. Sa transcendance ne change pas.
Le problème malheureusement est que, sur cette banquette de ce clando agité, le petit Pascal semblait épris de Marthe. Il la dévorait des yeux. À cause de son effronterie ou de ses couettes frisés, elle l’envoutait. Et elle s’en tamponnait le coquillard. Elle papotait, indifférente à la tendresse que lui portait un « puîné ». Comment pouvait-il se rendre alléchant aux yeux d’ un esprit libre, disert et rebelle? Pour finir, il me faisait de la peine, ce petit
enfant-de-cœur en culotte courte. Il lui restait tant à s’instruire! Moi en tant que jeune femme d’expérience, j’aurais aimé le réconforter. D’ailleurs, cette petite fille, en dépit de son intelligence subtile, n’était pas tellement agréable. Je dirais même qu’elle avait l’air d’une peste.












