“Du dialogue avec une petite colon” ou “l’herméneutique péremptoire”

Ce dernier demi siècle aura empreint l’esprit de notre peuple. Tout est allé si vite, dans un branle-bas de combat, que personne n’a, à vrai dire, pris la peine de réfléchir, de méditer, d’appréhender un instant tout en se demandant « de quoi succédons-nous ? » , « vers quoi accourons-nous ? », « où en sommes-nous précisément dans l’Histoire ? ». Je vous soumets la controverse sommaire qui m’a lanciné ces derniers temps :

Mon esprit a t-il outrepassé le temps, de sorte que tout n’est plus que poussière ?

Notre peuple est en mal de reconnaissance, et cela n’émane pas exclusivement de la parodie qu’on nous fait de la colonisation, mais surtout des  dérives internes qu’elle a fomenté au sein même de notre terre. Au sein même des principes conceptuels qui irriguent notre Nation, un nombre considérable de ces prémisses nous échappent. Le Gabon, ainsi, est un vocable Portugais  signifiant quelque chose, cette chose étant un manteau court à capuche. L’appellation Gabon vient donc d’une aberration de prononciation du terme Gabão qui signifie Caban. Gabon parce que ces navigateurs portugais eurent une impression, pour cause que sa forme était semblable à un manteau, avant de le baptiser « Rio de Gabão » ou fleuve de manteau à capuche. Dans cette inconséquence, le signifiant semble convenir au signifié, or il n y a aucune affinité. Ce nom serait, de cette façon, le fruit d’une confusion, un aléa dû à notre indolence et de notre prédilection pour la complaisance. Tout bien considéré, Gabon ne désigne pas ce pays, il semble pouvoir renvoyer à ce que je souhaite désigner réellement : Gabon est un simulacre dont je ne suis pas l’auteur.

Si on considère que le Gabon est une appellation que le temps a consacré, nous dirions que c’est principalement par métaphore que cette appellation est acceptable, de ce point de vue nous pourrions souhaiter que le manteau à capuche nous protège des sarcasmes et des pluies auxquelles est exposé ce pays à longueur d’année. Voyez-vous, c’est comme un nom affectueux qu’un maitre donne à son chien de peur de le confondre avec d’autres. « paf ! » ne cherchera qu’une balle.

Je vais temporiser ce panégyrique, et  renoncer à certains dérèglement de mon esprit en acquiesçant Gabon comme vous le faites naturellement. Sauf que, en ce qui me concerne, le renoncement ne peut se faire sans quelques éclaircissements, un tel sacrifice équivaut à une mansuétude rétroactive. Cette démarche implique donc un retour en arrière, une introspection qui va au-delà de ma chimère, cette affabulation !

Comment de Bantu je suis devenu ça ?

Dans peu de temps, cela fera deux jours que je suis ici, j’ai pris une chambre dans une hostellerie au bord de mer, j’ai une étendue décongestionnée qui ne donne sur rien. Je suis chez moi, même s’il n’y a eu personne pour m’accueillir. Je suis moi, c’est- à dire un autre que  personne des miens ne reconnaît. J’ai décidé de faire ce voyage dans une certaine mesure pour contenter mes voisins, ils m’avaient conseillé de le faire, ils parlaient de « retour aux sources », ils trouvaient en moi quelque chose de déconcertant, même ma façon de m’expliquer présentait constamment un paradoxe. Ils avaient pensé ensemble, qu’un voyage au Gabon me ferait grand bien. Toutefois je me demandais comment avaient-ils conjecturé que le Gabon est mon pays d’origine ? Je n’ai jamais partagé, en aucun moment, une amitié avec l’un d’entre eux. De plus je leurs avais souvent reprouvé cet excès de clameur  dans l’immeuble, et que cela m’importunait pour ma recherche. « Ah ! oui ? Vous recherchez quoi ? une copine peut-être ? ah ! non, de la lumière dans votre appartement » me répondait quelquefois Marguerite la jeune fille avec qui je partageais le pallier. Elle avait crée une entreprise sur internet, cela consistait à occasionner des rencontres, le problème était que lorsqu’un monsieur n’avait pas été satisfait de sa rencontre, elle se faisait passer pour une admiratrice de longue durée qui le connaissait suffisamment. Ah ! Ils commencent à me manquer, tous et leurs vacarmes.

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