La question de Moussavou
« Bonjour, j’ai un tas de koumbi ici à libreville, on passe parfois des bons moments et parfois des pires moments. Mais je me pose assez souvent des quastions du genres comment faire pour reconnaitre ses vrais Koumbi? Comment faire la distinction entre un simple camarade et un Koumbi authentique, sur lequel je pourrai effectivement compter? Je passe en terminale et j’aimerai savoir si la philo peut m’aider dans mes relations avec les potes.»
On remarque chez Aristote une mirifique définition du Koumbi*: l’ami, c’est celui qui rend vous meilleur, qui vous
permet de progresser dans l’existence, de développer une part de vous-même, qui, sans lui, serait restée inexploitée. Toute la philosophie d’Aristote repose sur la distinction entre ce qui est “en puissance“(potentiel) et ce qui est “en acte“(effectif), l’enjeu étant alors de savoir saisir les occasions pour “actualiser sa puissance“.
Le koumbi est justement pensé comme une telle occasion. Le koumbi authentique ne l’est donc pas par ses qualités propres: c’est ma rencontre avec lui qui aura ou non le pouvoir de me rendre meilleur. En ce sens, ce n’est pas vraiment lui qui me rend meilleur, mais nos rapports à tous les deux.
Une telle description pourra surprendre l’esprit bwitiste, et semble porter une vision instrumentale, ou intéressée, du koumbi. Le désintéressement, en effet, n’était pas une valeur en Grèce. Il s’agissait alors, pour Aristote en tout cas, de saisir la vie comme un immense potentiel, et d’approuver tout ce qui permettait d’actualiser effectivement ce potentiel. Regardez donc votre koumbi en face( ou plutôt, examinez votre relation avec lui) et demandez - vous si elle favorise l’actualissation en vous d’une qualité, d’une faculté, d’une capacité, ou encore d’un rapport au monde qui, autrement, seraient restés en guéret. Beaucoup plus simplement, demandez- vous: cette amitié me rend- elle meilleur?
Le critère explosif, n’est plus alors simplement «est-ce que je peux compter sur lui?» mais plutôt «si je peux compter sur moi, n’est pas grâce à lui?». C’est en sens, bien sûr, que le maitre peut être un ami pour son disciple, ou le professeur pour son élève. La vie est une chance, mais elle est contingente: elle aurait pu ne pas être. Si quelqu’un me permet de vivre cette vie de façon plus ample, plus intense, plus accomplie, alors il est mon ami: l’ami de la vie en moi. Ce par quoi elle croît, se développe, se ramifie. Et ce genre de développements, de ramifications, ça se voit. Pas besoin d’attendre dix ans ni de s’interroger des heures sur la nature exacte des intentions de mon ami, il suffit juste d’ouvrir les yeux.♣












