Les Gabonais s’engagent….et pas moi?

Jean-Paul COCO
Rédacteur en chef.
La précarisation progressive des gabonais, engendra-t- elle un engagement massif ? En tout cas vu la démesure de la pauvreté, les violentes répressions, les ségrégations ethniques et les inégalités très riches/ très pauvres, tout cela donnent plus de force à ce que nous ne cessons de dire depuis des années : Il faut changer tout le système ou du moins réadapter tout le système à notre société Gabonaise.
Toutefois si plusieurs groupes et membres d’associations préconisent la nécessité de s’engager dans ce combat, peu d’entres eux disent précisément quelle direction nous devons suivre pour s’engager. Qu’est ce qui fait qu’on passe de la colère, provoquée par toutes ces injustices, à l’action ? Je trouve cela très philosophique « de l’inaction à l’action ; de l’immobilité à la mobilité ; du non être à l’être… » bref, on pourrait tomber dans un débat métaphysique. Mais bon, on en parlera une autrefois. Dans la plupart des discours protestataires qui règnent en ce moment partout ailleurs concernant notre pays, l’engagement paraît tellement aller de soi qu’ils nous suggèrent peu fréquemment la procédure pour nous y conduire.
Cependant, il y a beaucoup à faire. Plusieurs de nos compatriotes sont dans une contenance perplexe, disons qu’ils ont des intentions qu’ils ne mettront jamais en pratique. Ils se doutent eux aussi que le système est tarit, qu’il est fondé sur un néocolonialisme sans issu pour le peuple mais profitable à un petit groupe, ils savent enfin que ce système est d’une cupidité pernicieuse. Beaucoup désapprouvent la façon dont on traite les petits -travailleurs (ou jobbeurs) ou celle dont on traite nos propres frères et sœurs qui meurent de faim et qui vivent dans les Mapanes de Tchimitchoss. D’autres ont honte, de voir comment on traite les malades mentaux et tous ce gens qui souffrent de maladies incurables, et s’inquiètent de l’avenir de notre peuple. Enfin il y a ceux qui en on marre de voir les mêmes gens mener la politique du Gabon depuis trop longtemps. Ce qu’il y a d’étrange c’est de voir que toutes ces mêmes personnes qui se plaignent ne s’investissent pas pour autant dans un mouvement associatif ou politique quelconque.
Cette frustration est-elle propre à notre société Gabonais? Examinons les propos de ce Monsieur : « [le gabonais]passe ses journées à regarder le soleil se coucher et se lever, il n’est pas rentré dans l’histoire(…) Je ne suis pas venu pour pleurer avec vous sur les malheurs des [ gabonais], je ne suis pas venu m’apitoyer sur votre sort, je
suis venu vous proposer non pas de ressasser ensemble le passé mais d’en tirer ensemble des leçons afin de regarder ensemble l’avenir.(…) [Le Gabon] a sa part de responsabilité dans son propre malheur(… ) Le problème du [gabonais], c’est qu’il vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu. ».(Discours devenu célèbre). Remplacez Gabon par Afrique.
Le Gabonais d’aujourd’hui est divisé en deux, d’un coté il admire celui qui s’engage, de l’autre coté il le jalouse comme si celui ci était animé par des fétiches. Qu’est ce qui fait que nous nous engageons pour telle ou telle cause ?
Pour Jean- Paul Sartre (philosophe de la liberté, père de l’existentialisme), la réponse semble simple. Notre liberté est absolue, nous sommes absolument responsables devant les autres et devant nous-mêmes. C’est donc absurde de se cacher derrière une quelconque justification. Si nous jugeons qu’une situation n’est pas juste, nous devons agir. Si nous n’ agissons pas, dit Jean-Paul, nous sommes des lâches, des peureux qui cherchent des excuses et tombent dans ce qu’il appelle « la mauvaise foi » (expression chère à Sartre), position de ceux qui ont peur d’assumer leur liberté. Mais bon, vous répondriez certainement à Jean-Paul qu’ « on ne devient pas révolutionnaire en un jour », et je vous l’accorderais. Peut-être que l’impuissance qu’éprouvent nos compatriotes face à l’engagement, (« je suis si peureux et lâche… ») a pour origine la façon irréaliste que nous avons de voir les choses, comme si on était dans une logique du « maintenant ou jamais ».
Sauf que dans les « fondements de la métaphysique des mœurs » Immanuel nous dit que les citoyens doivent se conformer, de façon stricte et en toute circonstance, à la règle de la raison universelle : « IMPERATIF CATEGORIQUE ». Là nous n’avons plus aucune raison de nous engager, nous devons respecter les institutions qui sont représentées par des dirigeants élus par la majorité du peuple. En d’autres termes « nous sommes faits et refaits », nous sommes libres de choisir et nous avons choisi ce qui nous arrive. Mais bon, même si je vous dis que ce principe Kantien est devenu l’air que nous respirons sans se rendre compte, que c’est le fondement de la morale actuelle et de l’idéologie des droits de l’homme, vous me répondriez assurément « qu’elle ne prend pas en compte l’enchevêtrement du réel », et c’est vrai ! Je dirais même plus, que la démocratie ne se manifeste pas de la même façon d’un pays à un autre, d’un continent à l’autre. Voilà pourquoi je ne suis pas toujours d’accord avec ces principes occidentaux qui se présentent toujours comme universels, c’est de l’ethnocentrisme dissimulé derrière des bonnes intentions. Regardez ce qui nous arrive maintenant, nous avons le même système que les occidentaux, c’est le système qu’ils nous ont imposé, comment ça se fait que les manifestations ne sont pas les mêmes, et que répondent-ils à cela ? « ça vous regarde »
Une fois tout cela pris pour propos, nous constatons que l’acte citoyen n’est pas uniquement le résultat d’un raisonnement intellectuel, il peut naitre d’une souffrance personnelle, (c’est le cas du jeune Jean-Paul qui a découvert la fraternité et la communauté dans une prison dans les années 40). Et oui ! compatriotes, il nous faut un déclic, ne pensez-vous pas? En attendant, ou à force d’attendre, sachez que l’espoir et la promesse d’une vie meilleure sont des « passions tristes » selon Baruch, car on refuse de vivre aujourd’hui pour cause que demain sera un jour meilleur (c’est l’image que nous donne Nsi Bengono Luc, militant maussade et obéissant qui a toujours attendu des lendemains merveilleux.)
Aujourd’hui aucun Gabonais n’ose plus espérer ! Faites un tour au couloir de la mort, restez près de ceux qui sont supposés représenter l’esprit de demain ou critique : nos jeunes intellectuels, ils vous entretiendront de choses futiles comme la mode, une belle bagnole, une supère soirée…. Et à propos de…ils sont incapables de penser par eux-mêmes, ils n’ont pas de discernement. Quoique, ne généralisons pas non plus, j’en connais pas mal qui ont lu « la république » et qui savent que l’allégorie de la caverne n’est pas une parodie de Racine(Kounta Kinté). Ah ! Martine Oulabou, symbole de courage, Ntchoreré symbole de bravoure. La situation ne cesse d’empirer, la misère , le chômage, la paupérisation…., un système éducatif anxieux, toujours pas d’engagement ? Jamais nous n’avons été plus libre que sous la colonisation, non ?
Ce n’est pas un hasard si dans cet article je parle de Sartre ou de Kant ou de Spinoza, c’est volontaire car ils vous invitent à désobéir et nous avons besoin de ça en ce moment. Je vous dis que tout système qui n’invite pas à la désobéissance est un système autoritaire, tout système qui ne permet pas de distinguer la légalité et la moralité est un système dangereux. C’était légal durant le colonialisme de maltraiter certains individus, c’était légal mais pas moral. Je vous le dis, la légalité n’est pas toujours morale et la moralité peut aller contre la légalité. C’est peut être légal qu’un ministre touche plus d’argent qu’une famille entière au Gabon, mais ce n’est pas moral de voir autant de misère et de souffrance dans les yeux d’une population. C’est le problème de fond.
Le-Gabonais.com













Lucie said,
J’aime beaucoup votre style d’écriture M. Coco. Vous êtes très pertinent dans vos analyses et on a envie d’en lire davantage.
Karleph said,
Bonjour chèr Jean Paul Coco. Et ben, c’st un grand plaisir de voir des gabonais presque décidés…disons dévoués pour le changement positif de la face du Gabon! Par ailleurs, çà m’arrangerait si on se fréquentait en trvaux car sans doute, ne le savez pas, je suis le Président du Forum des Junes du Gabon …et je coordonne pas mal de projets et de rapports avec les organismes internationaux en faveur du statut de a jeunesse gabonaise! Bref!
Bien cordialment,
Karleph
Tél: 24107452120
E-mail: karleph@gmail.com
http://fojega.blogspot.com
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