Lord Ekomy Ndong…Gabonais de la semaine.
Nous recevons cette semaine Lord Ekomy Ndong artiste Gabonais fondateur du groupe MovaizHaleine(MH).
Célia. Kennedy - Bonjour Lord Ekomy.
Lord Ekomy Ndong - Bonjour Célia.
Célia. Kennedy - Pourriez-vous vous présenter, très rapidement, de façon à rappeler à nos lecteurs qui vous-êtes ? Bien sûr, on vous connait surtout en tant que Lord mais il y a tout un parcours derrière cet artiste de renommé nationale.
Lord Ekomy Ndong - Je m’appelle Ekomy Ndong. Je suis auteur , compositeur, interprète, sportif, aux couleurs du Gabon, ce petit pays dont on parle excessivement depuis un moment. En ce qui concerne ma carrière, elle débute véritablement autour de 1995, à savoir 15 ans en arrière. Avec mon complice Maat, nous avons mis en place le groupe MOVAIZHALEINE. L’envie de faire du rap, nous est venue de la volonté de combattre certaines injustices, de désigner nos maux avec des mots, d’affirmer notre identité, et de tenter de faire converger des valeurs positives avec les nôtres.
C.K - Et qu’advient-il aujourd’hui ?
Ekomy - Aujourd’hui nous sommes heureux de constater que nous faisons toujours partie des rares rescapés qui ont conservé cette vision de la culture Hip-hop, à la seule différence que nos origines africaines transparaissent dans nos Sons.
C.K - Vos Sons artistiques font de vous un artiste. Cette appellation vous convient- elle ?
Ekomy - Eh oui !naturellement.(rire)
C.K - En tant qu’artiste, aviez-vous des modèles qui fascinent votre inspiration ?
Ekomy - Énormément !J’ai beaucoup d’admiration pour Patrice Lumumba et aussi pour Thomas Sankara. Je m’en suis inspiré en revisitant sur mon album le discours de 1987 à Adis-Abeba. De l’admiration ? J’en ai encore, beaucoup plus, pour Cheikh Anta Diop qui a , à lui seul, réhabilité le continent en corrigeant la version «officielle»
de l’Histoire. Par son œuvre, cet historien et anthropologue, a changé le regard que l’humanité avait sur l’Afrique et en particulier sur l’Afrique noire. C’est un personnage pour qui j’ai beaucoup d’admiration.
C.K - D’accord, c’est une partie importante de vos influences. Mais s’agissant de l’autre partie ? celle qui englobe cette énergie et cette force que dégagent vos textes.
Ekomy - Nous avons des choses a dire .Tellement à dire et à redire que la Musique nous a donné un moyen de les exprimer. Les balafres de la colonisation, cette françafrique qui ne cesse de changer de nom(…). L’énergie et la force dont tu parles proviennent peut-être de la conviction et de la sincérité avec laquelle on veut manifester ces « choses ».
C.K - Les artistes Gabonais n’ont pas toujours les mêmes retours face à leurs œuvres. Parvenez-vous à vivre de votre musique ?
Ekomy - Grace à Dieu, oui ! Toutefois nos choix éthiques ne nous simplifient pas la vie.
C.K - Plusieurs d’entre nous pensons que vous avez atteint une étape ,au-dessus, dans la maturité de votre art. Êtes-vous d’accord avec cette idée ?
Ekomy - Une étape au-dessus ? pourquoi pas, c’est probable, je ne veux pas vous décevoir. Pour ce qui est de la maturité, je reste dubitatif car je suis de ceux qui pensent qu’on apprend chaque jour, et on s’améliore avec la force des choses.
C.K - Qu’est-ce-qui est le plus gratifiant dans votre pratique de la musique ?
Ekomy - Le plus gratifiant ? l’excellent retour du public partout où nous sommes passés. A vrai dire, on se sent soutenu et rien que ça, c’est précieux !
C.K - Et le plus difficile, ou décevant ?
Ekomy - La légendaire jalousie des frères. Certains se sentent menacé. Et chaque petit pas, que nous faisons, attise leurs hostilités. Or nous le faisons dans l’intérêt commun, c’est comme lorsqu’un joueur marque un but, son geste fait honneur à des millions de personnes derrières lui qui le soutiennent. Mais à l’inverse de tout ça, c’est bien souvent ceux qui pourraient nous rendre meilleurs, qui sont les premiers a nous mettre des bâtons dans les roues…
C.K - La création musicale fait intervenir un certain nombre de savoir faire technique. Où vous situez-vous de la composition à la production et la réalisation ?
Ekomy - Aujourd’hui les tâches sont de mieux en mieux reparties entre nous-mêmes. Ainsi, on est de moins en moins obligé de savoir tout faire. On se spécialise dans un domaine. Moi j’écris , je compose, je joue un peu, j’interprète, je chantonne, je mixe, je produis, je réalise…ceci dit c’est dû au fait que dans nos débuts on ne pouvait compter sur personne d’autre que nous-mêmes. Il fallait mettre la main partout. Les choses ont évolué, à l’heure actuelle, nous avons nos studios hip hop, nos musiciens hip hop, nos ingénieurs son hip hop, nos graphistes , nos réalisateurs…J’essaie de réduire ma tâche, j’aimerais simplement composer, écrire, et réaliser (vidéo). De cette façon chacun fera ce qu’il saura faire de mieux.
C.K - Il s’agit là d’une aspiration plutôt technique, et ceci étant votre domaine. Mais en tant qu’artiste Gabonais, quel est votre rêve ?
Ekomy - Voir ma musique aller le plus loin possible en restant représentative de là, d’où je viens. Faire voyager par mon Son. Faire la fierté de ceux qui nous soutiennent et surtout ne jamais cesser d’avoir une portée constructive.
C.K - …Qu’est ce qui le rend difficile ?
Ekomy - Rien, si ce n’est le temps. Chaque chose en son temps, un pas après l’autre. En même temps je me dis l’essentiel ne réside pas dans l’accomplissement de ce rêve, mais dans le combat qui nous y conduit.
C.K - A savoir ?
Ekomy - Que « le succès n’est pas une destination, c’est un voyage ».
C.K - Tout succès appelle à une certaine reconnaissance. Qu’espérez-vous de toutes ces personnes qui vous écoutent ?
Ekomy - J’espère avant tout que ma démarche soit comprise et considérée pour ce qu’elle est en tant qu’elle est, autrement dit, à sa juste valeur. Nous avons, Maat, notre équipe et moi-même, fait le choix de rester intègres et c’est à retenir. Pour ce qu’il y a de la reconnaissance financière, vous savez ce qu’on dit non ? « tout travail génère un salaire ».
C.K - D’où la nécessité d’avoir un statut légal. Quel est le vôtre, par rapport à votre activité ?
Ekomy - Je suis Lord Ekomy Ndong, artiste Gabonais. Et de tout ce que je sais, il n’existe pas, à l’heure actuelle, de statut légaux pour les artistes Gabonais.
C.K - Dit comme ça, nous avons comme l’impression qu’il y a une sorte d’isolement de l’artiste. Ce qui nous conduit à vous demander si les structures, réservées aux artistes, satisfont les besoins mêmes de ces artistes ?
Ekomy - Ce n’est pas moi qui vais vous l’apprendre. Même si les choses évoluent, on souffre toujours d’une absence d’ infrastructures accordées aux artistes Gabonais. Il nous faudrait plus de salles de concerts, un budget, relativement conséquent, accordé à la musique, plus de festivals , plus de studios, plus de labels, plus de managers, plus d’entrepreneurs du spectacle , plus d’encouragements et de soutiens pour les operateurs culturels locaux, envisager une plus grande formation dans les métiers de la musique, un peu plus d’égard pour cette filière et surtout un statut légal précis, rassurant et valorisant pour les artistes. Et tout cela en Vrac.
C.K - C’est une sorte d’impératif, ce dont vous venez de citer « il faut !il faut plus ! », comme si pour vous l’artiste avait, en plus de son statut d’artiste, un rôle sociale au sein même de la nation.
Ekomy - Oui, c’est exacte. Je pense qu’on a tous un rôle a jouer dans notre société. En tant que musicien, en plus de la popularité dont on jouit et le crédit que le public nous accorde, je pense qu’on doit valablement représenter ceux qui nous soutiennent, parler pour eux. Faire entendre ce que les nôtres pensent et vivent. Dans la vidéo « Engongole » que j’ai réalisée il y a quelque mois, c’est cela même que j’illustre par le fait de planter, de planter un micro en plein milieu de la REC. Je précise que c’est aussi la vision que j’ai du Rap en général, plus particulièrement le hip hop africain.
C.K - Et comment le voyez-vous ce Hip hop africain ? Comment voyez-vous l’avenir de la musique au Gabon ?
Ekomy - Pour être honnête, je n’ai pas de réponse précise à cette question. . Mais je peux tout de même dire que nous souhaitons que les artistes soient respectés et reconnus comme une réelle ressource pour nos pays. Et que leurs intérêts et droits soient défendus par la loi, les autorités et par les mœurs. Il est anormal de constater que les droits d’auteurs sont toujours au stade de «rêve». ( cf. lyrics « nous ») dans un pays « moderne » comme le Gabon.
C.K - C’est précisément pour ce genre de position qu’on vous considère, vous et votre groupe, comme un des artistes Gabonais les plus engagés.
Ekomy - Je m’engage a mon niveau, à savoir comme je peux . Mon idée ne consiste pas à être le plus engagé qu’un autre. Je fais ce que je peux avec les outils et les moyens qui sont les miens. Un mic et une harpe comme je dis dans « nous ».J’aimerais d’ailleurs en faire beaucoup plus. Je ne peux pas vivre ce que nos Pays vivent, être un artiste RAP
et arriver a ne pas en parler? C’est impossible. Je suis d’ailleurs déçu de voir que pendant les élections présidentielles au Gabon , nos artistes ont presque tous fait comme si de rien n’était. Alors que c’était le moment de dire à tout le monde de s’impliquer. Au Sénégal il y a quelques années le rap a joué un rôle dans le changement de climat. Au Gabon, j’ai eu honte de constater qu’en dehors de nous avec 300809 , le Hip Hop a fait l’INVERSE. Ce sont plutôt des artistes « étrangers» comme Awadi qui nous ont assuré de leur soutien, Ou un Tiken Jah que l’on a pu entendre évoquer la situation du Gabon… en dehors de ça, rien.
C.K - C’est intéressant de voir à quel point vous anticipez sur les questions. Vous venez d’évoquer « élections présidentielles », s’il fallait parler de Lord et la politique.
Ekomy - Je répondrais simplement que le mot politique n’est pas pour moi.
C.K - Allez ! faites un effort, et si je dis Ekomy Ndong et son combat ?
Ekomy - Non, c’est un mot qui ne me convient pas. Je suis juste un africain qui réfléchit sur ce que l’on vit et qui a le reflexe de le retranscrire sous formes de notes ou de rimes. Mon combat veut que les nôtres préservent leurs richesses. Cette fois Je ne parle ni du pétrole ni du diamant, je parle de notre culture, nos valeurs, nos langues et l’énorme héritage que l’on tient de nos anciens. On combat pour apprendre notre histoire. Que les Africains sachent vraiment d’où ils viennent , qui ils sont réellement. Partager cette histoire avec le reste du monde pour qu’il y ait un autre regard sur Nous. Mon combat va aussi dans le sens d’une Afrique réellement unie et indépendante au sens strict du terme. A l’heure actuelle l’Afrique noire est toujours télécommandée , saignée et marquée par ces anciens colonisateurs. Voilà 50 ans que l’on chante les indépendances africaines mais sur le plan économique, politique, culturel ça reste un simulacre. Mon album à venir en parle beaucoup. En dénonçant toutes les formes d’ingérences de nos colonisateurs dans la vie que nous menons ici sur le continent. Ce même combat rêve de réunir l’Afrique en bravant les frontières artificielles criminelles qui divisent le continent africain comme une grosse pizza. Un camerounais, un congolais, un equato guinéen, ne devraient pas être des étrangers au Gabon et vice versa .
C.K - Revenons sur la politique du Gabon, je sais que c’est un sujet qui ne vous parle pas énormément, mais lors d’une interview vous avez répondu à un de nos confrères ceci : « Les Gabonais ont une occasion qu’ils n’avaient jamais eue avant. Il faut se mobiliser, aller plus loin, observer, réagir, prendre les choses en main. » Le pensiez-vous vraiment ?
Ekomy - L’Occasion unique oui , je le pensais vraiment . C’était un rendez-vous sans précédent .
C.K - C’était en quelque sorte l’ultime occasion ?
Ekomy - L’ultime occasion ? Je ne sais pas , mais pour des élections présidentielle(…).Eh bien ! Il faudra attendre 7ans…
C.K - Qu’entendez-vous par « aller plus loin » ? et que veut dire « prendre les choses en main » ?
Ekomy - C’est se mobiliser personnellement, chacun à sa façon. Par exemple nous nous-sommes organisés pour assister nous-mêmes au déroulement des votes , pour minimiser les irrégularités. Pour ainsi dire, avant de parler d’observateurs internationaux(…)mon rap a été un observateur NATIONAL.
C.K- Vous pouvez nous en dire un peu plus à propos de 300809.
Ekomy - 300809 est mis pour 30-08-09 date des élections présidentielle au Gabon. Honnêtement le plus pratique serait d écouter la chanson parce que je pense tenir un propos clair. J incite les populations à aller au vote, même si nous sommes nombreux, moi y compris, à ne plus croire en ces moments là. Parce que c’est le destin de leur propre pays qui est en jeu. Je n’ai soutenu aucun candidat malgré les nombreuses propositions financières qui m’ont été faites. Personnellement j’ai été approché par plusieurs camps. Et j ai décliné toutes les grosses propositions qui m’ont été faites. Pour laisser ma musique du coté du peuple et non du coté de tel ou tel candidat. Je dis aussi dans le morceau que cette incitation au vote n’a de sens que si l’on peut éviter les fraudes électorales massives qui sont toujours au rendez vous en Afrique. J’ai donc choisi d’appeler ce morceau 30 08 09 parce que tout ce qui va suivre pour le Gabon tournera autour de cette date là. Mais je tiens à préciser que ce que je dis pour le Gabon est valable pour un grand nombre de pays africains , la jeunesse de ces pays là me comprendront.
C.K - Nous aussi on l’espère, dans tous les cas ce fut un honneur de vous avoir compté parmi nos invités. Bonne continuation et bon courage vous les avez tous deux pour vous.
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Tarek said,
Davantage de courage, d’abnégation, de dynamisme, et d’inspiration.
Lorsqu’on est artiste, ou que l’on s’autoproclame artiste, il faut savoir qu’on se porte garant du peuple, de la societé, du monde en devenant son porte parole.
Ce caractere, vous l’avez, le son 300809, est des plus explicite, preuve que tout le monde n’est pas corruptible, et qu’il existe des hommes de valeur.
Pour votre engagement au service de la culture noir, africaine particulierement, suis plus que fiert de vous, Cheick Anta Diop, de là où il se trouve serrait certainement le dernier à vous encouragez Maat et toi!
Vous etes, à mon humble avis, et cela n’engage que moi, l’archetype de jeunesse, dont doit se doter notre belle Afrique!salut
Tarek!
Twitted by Anguile said,
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perfect said,
j’ai apprécié et je vous en en félicite pour autant soyez vous même vous n’avez pas de raison d’avoir peur,vous avez été sollicité on vous a proposé de l’argent et pourtant la musique est votre gagne pain pourquoi ne pas avoir donné les noms de çeux-là et les montants à vos fan que je suis vous êtes intègres et continuez de faire ce que vous êtes entrain de faire aujourd’hui ne soyez pas un jour comme taken jah qui a refusé lors d’un concert à ABIDJAN de chanter certaine de ses chansons au profit de çeux-là qui martyrisent leurs peuples
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